Un excellent article sur les Maraichers de la Ville a voir ici : Sur le site de l'association
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Et un guide associé
Guide des Pratiques Ancestrales : Maraîchage et Viticulture à Franconville
1. L'Héritage Terrien de Franconville : Un Terreau Fertile
Depuis le Moyen Âge, la commune de Franconville s’est imposée comme un pilier de la vocation nourricière de l’Île-de-France. Cette identité s’est forgée grâce à une géographie privilégiée : des sols d’une grande fertilité couplés à une proximité stratégique avec la capitale. Pour les paysans locaux, cette terre n’était pas seulement un outil de travail, mais un patrimoine vivant qu’il fallait dompter pour approvisionner les ventres de Paris.
Le labeur des maraîchers de Franconville s'exposait quotidiennement sur les étals des grands pôles de consommation parisiens et de la petite couronne. Parmi les marchés historiques desservis, nous retenons :
- St Maur du Temple et Aguesseau, au cœur de la capitale.
- Batignolles et Levallois, pour l'ouest parisien.
- La Garenne et Puteaux.
- Courbevoie et Bois Colombes.
Il est intéressant de noter une singularité historique dans nos méthodes de culture. Si les XVIIe et XVIIIe siècles ont vu l’émergence de la culture sous serre pour favoriser la précocité, l’« Âge d’Or » du XIXe siècle fut marqué, paradoxalement, par une absence de serres sur la commune. Les maîtres-maraîchers de cette époque excellaient dans la maîtrise du plein champ, tirant parti de la force brute de la terre nourricière. Pour dompter cette terre généreuse, l'homme a dû concevoir et perfectionner une panoplie d'outils spécifiques dont le maniement exigeait autant de force que de précision.
2. La Boîte à Outils Traditionnelle : De la Terre à la Récolte
Chaque instrument de la boîte à outils traditionnelle témoigne d'une intelligence du geste accumulée sur des générations. Le travail était presque exclusivement manuel, demandant une connaissance intime de la résistance du sol et du cycle des végétaux.
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Outil |
Fonction Primaire |
Bénéfice pour le Cultivateur |
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Araire / Herse |
Préparation et ameublissement |
Prépare un lit de semence aéré, vital pour l'enracinement dans nos sols denses. |
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Serpe |
Taille des branches et tiges |
Assure une coupe nette et franche, préservant la santé et la vigueur de la plante. |
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Houe |
Déchaussement et sarclage |
Permet le déchaussement (action de dégager la terre au pied de la plante) et l'élimination des adventices. |
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Bêche / Fourche |
Travail en profondeur |
Permet un retournement précis de la terre pour en régénérer la structure. |
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Faucille / Faux |
Récolte et fauchage |
Facilite la coupe rapide des herbes hautes ou des céréales d'appoint. |
Ces instruments, s'ils étaient le quotidien des maraîchers, étaient également sollicités avec une rare dextérité pour l'entretien méticuleux de la vigne, car le paysan de Franconville était souvent polyvalent, capable de passer du rang de légumes au coteau viticole.
3. L'Art de la Vigne sur les Coteaux
Du XVIIe au XIXe siècle, la viticulture occupait une place d'honneur dans l'économie rurale de Franconville. La vigne exigeait un soin de chaque instant pour faire face aux rigueurs climatiques et aux pressions biologiques.
- Le choix des coteaux : Les vignerons réservaient les coteaux les mieux exposés aux meilleurs cépages, assurant ainsi un drainage naturel et un ensoleillement optimal.
- L’économie du "petit bois" : Dans une logique d'efficacité paysanne où rien ne se perdait, les résidus de taille, appelés « petit bois », étaient soigneusement liés en fagots. Pour soutenir la croissance des ceps, on utilisait des piquets en châtaignier, une ressource robuste prélevée directement dans la forêt de Montmorency voisine.
- Les défis naturels : La culture était une lutte constante contre les maladies et les insectes nuisibles. Cette épopée viticole connut un terme brutal en 1889, lorsque le puceron phylloxéra dévasta les vignobles locaux, forçant les terres à une reconversion spectaculaire.
Le déclin définitif de la vigne marqua alors le début d'un essor sans précédent pour le maraîchage, qui allait devenir le véritable cœur économique et social de la cité.
4. Les Maîtres du Maraîchage : Spécialités et Saisons
Au XIXe et au début du XXe siècle, Franconville devint une référence pour la qualité exceptionnelle de ses produits, une renommée bâtie sur la spécialisation et la vente directe.
- Les légumes fondamentaux : La réputation de nos terres reposait sur les petits pois, les carottes, les salades et les asperges, des cultures exigeantes qui demandaient une main-d'œuvre nombreuse.
- Les délices saisonniers : La culture des fraises représentait le sommet de la saison, mobilisant toutes les énergies pour garantir la fraîcheur du fruit sur les marchés.
- L'économie domestique : La tradition voulait que la culture des fleurs coupées soit l'apanage de la fille de la maison ; leur vente servait traditionnellement à constituer sa dot, liant ainsi le destin de la famille à celui de la terre.
L'acheminement de ces trésors a également connu sa révolution, passant de la lenteur des charrettes à la modernité des camionnettes, facilitant toujours plus la vente directe. Cette prospérité n'aurait pu exister sans une dimension humaine forte. À partir de 1920, Franconville a accueilli une main-d'œuvre bretonne essentielle. Ces hommes, employés comme journaliers ou tâcherons, et ces femmes, d'abord employées de maison, se sont ancrés dans le territoire. Au travers d'unions et de mariages avec les familles locales, ces nouveaux arrivants ont fini par reprendre la suite des exploitations, assurant la survie du savoir-faire.
5. Évolution et Adaptation : Du Travail Manuel à la Résilience Moderne
Le XXe siècle a confronté nos traditions à la pression inexorable de l'urbanisation. Les chiffres témoignent d'une érosion drastique des surfaces :
- 1910 : 455 hectares cultivés (pour 45 cultivateurs).
- 1931 : 333 hectares cultivés (pour 50 cultivateurs).
- 1970 : 38 hectares cultivés (pour 13 cultivateurs).
- 1980 : 10 hectares cultivés (pour 6 cultivateurs).
Face à ce constat, il ne faut pas voir une extinction, mais une résistance. Ce « dernier carré » de six exploitants représente la survie d'une tradition séculaire. En passant de 455 Ha à 10 Ha, le maraîchage de Franconville a abandonné la quantité pour se concentrer sur l'excellence. Aujourd'hui, la résilience de ce patrimoine s'exprime par les circuits courts et les AMAP, prouvant que la qualité historique peut s'adapter aux exigences contemporaines. Cette pérennité nous invite aujourd'hui à réfléchir avec gravité et respect à la manière dont nous transmettrons ces gestes ancestraux aux futures générations.
6. Synthèse des Savoir-faire (Tableau Récapitulatif)
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L'Outil Clé |
Le Geste Technique |
L'Insight de Compréhension |
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Araire |
Labourer |
Vital pour dompter la terre fertile de la région et préparer la germination. |
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Serpe |
Tailler |
Permet de canaliser la sève pour maximiser la qualité du fruit ou du légume. |
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Houe |
Déchausser |
Protège le pied de la vigne en aérant les racines et en limitant l'humidité. |
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Bêche |
Retourner |
Assure la pérennité de la fertilité du sol par un entretien manuel profond. |
Ce guide démontre que le maraîchage à Franconville n'est pas qu'une simple page d'histoire économique ; c'est un patrimoine vivant, façonné par des siècles de résilience, de sueur et d'innovation technique.